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La Dépêche du Midi 11/04/2000
Des sains pélerins
Soixante-deux musulmans du Lot-et-Garonne viennent d'effectuer un pélérinage à La Mecque avec l'association islamique. A ce jour, aucun cas de méningite n'a été déclaré dans le département.Alors que six cas de méningite -dont trois mortels- viennent d'être recensés chez des pélerins de retour de la Mecque, le département est à ce jour épargné par ce début d'épidémie. Or, en plus des voyages individuels ou en famille, soixante- deux musulmans lot-et- garonnais ont participé le mois dernier au pélérinage organisé par l'association islamique. Et à ce jour, aucun cas n'a été signalé par la direction départementale des affaires sanitaires et sociales.
Quoiqu'il en soit, beaucoup de ces pélerins lot-et-garonnais ont rendu visite à leur médecin dès l'annonce des premiers cas de méningite. Une fois rassurés, ils ont préféré s'attarder sur le pélérinage lui-même, un moment unique pour la plupart d'entre eux.
UN PÉLÉRINAGE À 10.000 F.« Les pélerins sont restés un mois là-bas, racontent Allaoui et El Moussaoud, responsables de la mosquée d'Agen. Ils étaient 62, dont 25 femmes, originaires de tout le département. Le voyage s'est effectué en car pour rejoindre Toulouse, puis cinq heures d'avion jusqu'à Médine. On est restés huit jours dans la capitale saoudienne, puis trois semaines à La Mecque. C'était un moment très fort, surtout pour ceux qui étaient là pour la première fois ».
Combien sont-ils du département, ces musulmans à avoir déjà effectué ce « saint » voyage? Difficile de les compter, de même qu'il est difficile de connaître le nombre de personnes de confession islamiste entre Lot et Garonne. Certes, on sait que 7.900 Marocains et 989 Algériens sont officiellement recensés par les services préfectoraux. Mais naturellement, tous les Arabes ne sont pas musulmans... et certains Français le sont.
Au regard de la fréquentation des mosquées lot-et- garonnaises -on en compte une quinzaine en plus des sallles de prière prêtées par le municipalités- on peut déjà avancer que les musulmans d'ici sont plusieurs milliers: « Rien qu'à Agen, précise El Moussaoud, 600 personnes se retrouvent à la mosquée de la rue du Jourdain les jours de fête... ».
Et chacun de ces musulmans doit effectuer le pélérinage dans la ville sainte, au moins une fois, « si ses moyens le lui permettent »... « Il nous en a coûté environ 10.000 F., assure Philippe-Mohamed Ouldji un Françasi musulman qui fréquente la mosquée agenaise. Mais il n'y a pas de prix pour aller voir la maison d'Allah et se purifier... »
Bessy SELK
Offrandes et prières
Instituée en 731, la Toussaint, comme son nom l'indique est la fête de tous les saints célébrée par l'église catholique. Devenue dans la tradition chrétienne, la fête des morts par excellence, cette célébration n'existe pas toujours dans les autres religions.Seule la religion protestante s'en approche, comme l'explique le pasteur de l'église évangélique méthodiste, Jean- Philippe Waechter: « Le 1er novembre n'est pas synonyme de fête chez nous. Toutefois, par le tronc commun de la doctrine chrétienne et l'espérance de la résurrection avec les catholiques, nous croyons à la communion des saints. Mais nous estimons que nous n'avons pas prise sur eux, donc nous ne recourrons pas à leur intercession ». Le pasteur Pfender de l'Eglise Réformée de France nuance la toute puissance des saints: « nous sommes tous dans la vie quotidienne, appelés à devenir des saints, c'est la théologie de la sanctification. On a toujours tendance à les présenter comme des héros extraordinaires ». Et de donner une autre signification à la toussaint: « chez les protestants, nous rendons simplement hommage aux disparus retirés à l'affection de leurs proches ».
PRIERE AUX MORTSDans la religion musulmane, point de fête votive: « nous récitons une prière pour les morts et aussi les vivants à l'issue des cinq prières par jour à la mosquée », explique Mohamed Raïq, président de l'association islamique de Lot-et- Garonne. La mort chez les musulmans, revêt une coutume particulière: purification des dépouilles, habillement de tissu blanc et inhumation à même la terre dans les pays du Maghreb, ou dans un cercueil en France. Au cimetière d'Agen, les morts sont enterrés dans le carré musulman.
Pour les personnes de confession juive, la Toussaint est absente du calendrier. Seuls les anniversaires de décès sont célébrés à la synagogue, avec une période franche de deuil de huit jours durant laquelle les familles ne peuvent pas sortir et les hommes oublient de se raser. Au bout du 11e mois, les ashkénazes se rendent pour la première fois au cimetière. Ensuite tous les 12 ou 13e mois, selon le calendrier lunaire, un office de deuil est organisé. Les dépouilles là encore, sont inhumées à Agen dans le carré réservé aux israélites.
Enfin, dans la philosophie bouddhiste, la mémoire des anciens est honorée chaque jour devant l'autel. Originaire du Cambodge, M. Sun Sou du restaurant le Phénix à Agen précise toutefois qu'une fête des morts existe en Asie. « Elle est régie par la lune en mars ou avril, nous fêtons nos morts avec des offrandes et en se recueillant au cimetière ».
C. St. P.
La Dépêche du Midi 18/02/2003
Mosquée: les aménagements ont repris
-Voilà quelques jours que les travaux ont repris à la mosquée d'Agen. Ils ne concernent pas les lieux de prière mais les annexes.
Là seront aménagées deux petites salles de réunion. Les travaux avaient été arrêtés pendant près deux ans en raison d'un problème de conformité du permis de construire. « L'architecte bloquait mais maintenant nos plans prévoient tout ça, les normes de sécurité », explique Kamel Regoug, du bureau de l'association des musulmans de l'Agenais.
Difficile de savoir précisément quand ce bout de chantier s'achèvera. La construction dépend totalement de la générosité de la communauté musulmane agenaise. Cela a déjà été le cas pour l'édification de la nouvelle mosquée. Auparavant, les musulmans agenais se réunissaient non loin de la gare, dans des locaux trop petits. En 1998, après un an de chantier, ils ont pu aménager rue Jourdain. Pour cela, il a fallu acheter le terrain et les bâtiments, en l'occurrence une usine d'engrais (transformée en mosquée) et des locaux SNCF, encore vides.
VERS LES JEUNES« Vers la fin du ramadan, c'est dans le style du Téléthon », explique Kamel Regoug, « on demande aux gens volontaires pour donner, la somme qu'ils offriront tout au long de l'année. Puis de temps en temps, certains font un don comme à la quête ».
Depuis la loi de 1905, tous les bâtiments religieux construits en France doivent, en effet, être financés par des fonds privés. Certains députés ont commencé à le contester. « Dans la loi de 1905, il y a un principe de laïcité qu'il faut respecter. On ne veut pas revenir dessus », assure Kamel Regoug. « Nous sommes déjà très heureux d'avoir un tel espace », poursuit-il.
Les salles de prière s'étalent en effet sur quelque 900 m2. Les annexes attenantes représenteraient de 600 à 700 m2. Les deux salles ne constituent qu'une infime partie de ce local. A terme, l'association rêve d'utiliser ce vaste bâtiment pour y construire des espaces à destination des jeunes. Ce seraient des salles de cours et de sport. « En ce moment, l'apprentissage de la langue arabe se fait dans la mosquée, dans les espaces cuisine. A chaque fois, on doit installer les tables, pousser tout », explique Kamel Regoug. Tous les week-ends ont lieu en effet des cours d'arabe pour les gens de tout âge et de tout horizon. L'association projette également d'assurer du soutien scolaire auprès des mêmes jeunes. Tout cela pour éviter de les laisser dans la rue.
F. RAYNAL.
Si l'Etat ou les collectivités ne peuvent financer la construction de nouveaux lieux de cultes, c'est en raison de la loi de 1905 portant sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La majorité des églises françaises sont donc propriété des communes et les cathédrales de l'Etat. « Tout ce qui existait avant est pris en charge par l'Etat, en revanche, ce sont les communautés qui payent le fonctionnement. Tous les lieux de culte doivent être financés par les gens qui le pratiquent. Les nouvelles églises sont payées par les communatés. C'est le cas de Saint-Paul à Agen ou encore de la chapelle dans la zone sud », résume le député Jean Dionis du Séjour. « La loi de 1905 est une bonne loi et qui a bien vieilli. Il faudrait réfléchir bien et beaucoup avant de la modifier », ajoute-t-il. Quant à savoir si ce texte introduit une discrimination entre les communautés catholiques et protestantes, juives ou musulmanes, l'élu s'indigne: « On ne va pas refaire l'histoire de France. Aujourd'hui, imaginer un financement de la mosquée serait discriminatoire par rapport aux nouvelles églises catholiques ». Il poursuit: « Nicolas Sarkozy a réfléchi au fait d'organiser l'Islam de France puisqu'il n'y a pas de hiérarchie musulmane de France. C'est là qu'il faut faire porter l'effort. Ce serait un faux pas de revenir sur cette loi par rapport à la laïcité et aux autres religions ».
La Dépêche du Midi 07/05/2003
Quatre religions pour un même destin républicain
Philippe Libier, président de l'association Gambetta, proposera, mardi prochain, au restaurant le Saint-Jacques, un grand débat citoyen sur le thème « Agen, quatre religions pour un même destin républicain ».
Le propos est sérieux, d'actualité et les intervenants invités à s'exprimer sur une donnée en constante évolution, comment vivre sa foi au sein d'une société laïque en perpétuelle évolution, en quête d'identité également.
C'est l'historien Bertrand Solès qui introduira le propos en dressant un panorama de l'histoire des religions en France, des premiers chrétiens aux guerres de religion jusqu'à la constrcution de la première mosquée en 1979.
Mgr Descubes, évêque d'Agen; M. Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux; M. Daude et M. Gaspard Visser T'hooft, pasteurs; M. Tordjman, ministre du culte de la communauté juive, exposeront tour à tour les spécificités de leur religion et les réponses qu'ils peuvent apporter à la problématique. P.-M. Couleau, professeur de philosphie, rappelera quant à lui ce que peut être l'esprit laïc au XXIe siècle.
4 religions pour un même destin républicain, le débat porte en lui les ingrédients d'une confrontation philosophique mais se base sur les données du monde d'aujourd'hui.
Et si le nombre de coreligionnaires varie, catholiques et protestants, juifs et musulmans peuvent être confrontés aux mêmes problèmes. « En tant que religieux, on pratique de fait le respect et la tolérance », explique Mgr Descubes pour bien marquer sa volonté de débattre.
Du reste, les représentants de ces quatre religions se voient régulièrement pour partager des problématiques, mais la possibilité offerte au public de venir débattre de toutes les questions passées ou actuelles ouvrent de nouvelles perspectives.
« Le vrai respect de l'autre, c'est le respect de sa différence », souligne le pasteur Visser T'Hooft, lui aussi totalement d'accord pour se lancer dans une confrontation positive. Ce débat s'intègre d'ailleurs dans le cadre de la semaine de rassemblement des protestants d'Agen.
Pas question de nier les problèmes qui se posent aujourd'hui mais ce sera l'occasion pour tous d'en tirer des schémas de réflexion beaucoup plus large.
Qu'est ce que c'est qu'être pratiquant aujourd'hui? Que représente la laïcité? Quelle attitude avoir devant les signes distinctifs d'appartenance à un culte religieux? Comment s'intégrer dans le monde d'aujourd'hui?
Un débat qui renvoie largement sur les interrogations de chacun.
« Toutes les religions ont leurs intégristes », conclut Mgr Descubes, des propos relayés par le philosophe P. M Couleau qui souligne que « même les laïcs peuvent être intégristes ».
Pour le public croyant ou pas, pratiquant ou non, venir écouter, non pas la bonne parole mais une explication de l'autre, ce sera un pas pour mieux comprendre les différences, pour mieux les accepter, un pas vers la fraternité.
C'est tout à fait dans la démarche de l'association Gambetta, créée en décembre dernier, qui s'est donné pour mission d'expliquer les questions de société, qu'elles soient pratiques comme les inondations (le débat de janvier), qu'elles soient spirituelles comme mardi prochain.
Sébastien DUBOS
Catholiques, protestants, juifs et musulmans pour un même destin républicain: les représentants des quatre grandes religions invités par l'association Gambetta vous attendent pour un débat qui promet d'être riche et respectueux.
Entrée libre et gratuite au débat et au buffet qui s'en suivra
Coran: le Livre décortiqué
Passionné depuis plusieurs années par les religions sémitiques, Jean-Luc Monneret, agenais d'adoption, vient de publier un imposant ouvrage (près de 725 pages) qui s'attarde sur les grands thèmes du Coran. L'auteur, qui s'est penché sur la pierre fondamentale de la religion islamique a ainsi réalisé un classement thématique qui renvoie chaque sourate à un commentaire que Jean-Luc Monneret a souhaité le plus éclairé possible. Mais comme le concède l'auteur, il est toujours très difficile de faire preuve d'une objectivité parfaite. « J'ai essayé de commenter les 144 sourates avec un maximum de neutralité » souligne cet ancien ingénieur des travaux publics qui a longtemps parcouru le Moyen-Orient. L'ouvrage, préfacé par Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, se veut utile aux musulmans, y compris les imams, comme aux non-musulmans. Parallèlement, l'auteur ne cache pas que son livre peut s'assimiler à un ouvrage de littérature mais aussi à un outil de travail pour étudiants ou autres passionnés de questions religieuses.
PASSEPORTCar si l'ouvrage permet de toucher le sens profond des sourates édictées par Dieu à Mahomet, il est aussi un passeport pour les autres religions que sont le judaïsme et le christianisme. « A la lecture du Coran, l'on peut rapidement s'apercevoir que les trois religions sont intrinsèquement liées. Pour résumer la situation à grands traits, l'on peut dire que le judaïsme, la chrétienté et l'islam sont des religions soeurs qui se sont égarées dans des querelles idéologiques qui les opposent aujourd'hui » poursuit le septuagénaire. Alors se pose la récurrente question de la modernité du Coran, de sa capacité à s'adapter aux contraintes du quotidien. « La question est légitime. Mais rappelons que la charia est basée sur les hadiths qui sont les paroles du prophète, le coran et la tradition. Ce sont ces dernières qui permettent au coran d'évoluer, en tout cas de s'adapter aux contraintes de la vie courante » mentionne Jean-Luc Monneret. Fort d'une vraie connaissance du livre fondant la religion islamique, Jean-Luc Monneret n'hésite pas à avancer, à l'image de nombreux théologiens musulmans ou simples croyants que le Coran est un ouvrage qui s'attarde sur des sujets aussi divers que l'économie, la famille ou encore les rapports sociaux entre les hommes ou les religions.
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Jean-Luc Monneret, Les grands thèmes du Coran, Clamecy, 2003, 725 pages; 29 euros
O. L
Né en Algérie en 1933, Jean-Luc Monneret a longtemps vécu et parcouru les pays du Maghreb et de Moyen-Orient. L'ouvrage publié aux éditions Darvy après 12 ans de travail, parfois dans l'isolement le plus complet, a été tiré à près de 3.000 exemplaires. Celui-ci a reçu un accueil favorable auprès du public puisque 1.500 ouvrages ont déjà été vendus et ce sans renfort particulier de promotion de la part de l'éditeur, filiale des éditions d'Albin Michel. Samedi 4 octobre, l'auteur sera l'invité de la libraire Martin-Delbert pour une séance de dédicaces.
Mosquée : politiques et religieux dénoncent
«Odieux, scandaleux, inqiétant...». Les réactions se sont multipliées après les événements de la nuit de vendredi à samedi où cinq coups de feu ont été tirés sur la porte d'entrée principale et une fenêtre de la mosquée d'Agen. Des faits d'une gravité telle qu'ils ont interpellé l'ensemble des responsables religieux et politiques agenais , même si les motivations du ou des tireur(s) restaient hier à déterminer. Alain Veyret, qui a reçu hier après-midi des membres de la communauté musulmane préparant la marche de samedi (lire ci-dessous), exprimait «l'espoir que ce geste soit un acte isolé et non pas l'expression d'autre chose plus organisé». Un maire qui assure que la ville «vit en bonne intelligence, avec une tradition oeucuménique et que les problèmes qui s'y posent n'ont rien à voir avec les origines ethniques des uns et et des autres». Un avis partagé, quoique tempéré par le député Jean Dionis, qui souligne qu'Agen, «certes terre d'asile, n'est pas une île et est traversée par les mêmes élans de générosité et les mêmes pulsions de peur et de haine qu'ailleurs...»
De son côté le père Oliver Moran, administrateur provisoire du diocèse, envisage de se retrouver avec les responsables des autres cultes pour manifester «amitié et solidarité». Gabriel Tordjman, rabin à la synagogue agenaise, trouve «inquiétant qu'une telle chose arrive dans une ville comme Agen».
Même surprise, mêlée d'nquiétude, chez le responsable d'association des travailleurs marocians - «Il n'y a jamais de problèmes ici. Pourquoi ça ?»- ou chez Alim Toumi, directeur de la Régie de quartier à Rodrigues («Il faut certes relativiser, mais quand même...»). Reste le dilemme que pose Oliver Moran : «Il faut certes dénoncer cet acte, mais gare à ne pas tomber dans le jeu de ceux qui les commettent...»
B.S.
Les policiers de l'antenne agenaise du SRPJ de Toulouse poursuivent leurs investigations. Tout le week-end a été consacré à l'enquête d'environnement (instances de la mosquée, cercle des fidèles, auditions de voisinage...). Parallèlement, le service régional d'identité judiciaire dépêché de Toulouse dans la nuit du 1er janvier, est chargé d'examiner les balles saisies sur les lieux (quatre projectiles criblaient la porte de la mosquée et une a été tirée contre une fenêtre de la salle des ablutions), à la recherche d'empreintes éventuelles. Ensuite, ce sera au tour du Laboratoire Interrégional de Police Scientifique de procéder aux expertises balistiques afin de d'établir si les deux types de cartouche ont été tirés avec la même arme à feu. A ce stade prématuré de l'enquête où chaque renseignement est vérifié, il est encore difficile de déterminer avec certitude s'il s'agit d'un acte isolé à caractère raciste déconnecté de toute question religieuse. Même si cette thèse semble fortement privilégiée pour l'instant. Un élément pose toutefois question. Le tireur a choisi de sectionner l'enceinte grillagée à un endroit à la fois facile d'accès et peu éclairé de la rue du Jourdain, sans vis-à-vis, laissant penser à un repérage des lieux préalable.
C.St-.P.
MARCHE PACIFIQUE, SAMEDI, JUSQU'À LA RUE DU JOURDAIN.
Même s'ils ne tiennent pas à donner un sens extrême à l' événement, les représentants de la communauté musulmane veulent marquer le coup pour «dire non à la violence et à la haine». Pour ce faire, ils organiseront samedi après-midi (départ annoncé vers 15 h) une «marche pacifique», traversant la ville, depuis la place de la mairie jusqu'à la rue du Jourdain. Une initiative dont on pourrait craindre qu'elle ait un effet contraire à celui recherché, stigmatisant ainsi une communauté ? «Je crois que c'est la meilleure façon de manifester et tout le monde y est invité», répond Kamel Regoug, le porte-parole de la mosquée d'Agen. A la fin de cette marche, un accueil sera organisé à l'intérieur même du lieu de culte. Boissons, thés et gâteaux y seront servis en signe d'amitié et nous montrerons ainsi ce que nous vivons ici, explique Kamel, sans rien cacher». Un lieu de culte qui est, en surface (1200 m2) le plus important d'Aquitaine, ce que le conseil régional du culte musulman a d'ailleurs «consacré» lors des dernières élections en accordant quinze votants à la mosquée agenaise. Alors qu'une vingtaine de fidèles se présentent régulièrement aux cinq prières quotidiennes, on en compte plusieurs centaines le vendredi. «Et pour l'Aïd El Kebir, nous étions un bon millier», assure Kamel.
A. Benazzi : «Un tel geste veut tout dire»
Membre du Haut conseil à l'intégration dans un passé récent, Abdel Benazzi ne trouve aucune excuse à l'acte commis contre la mosquée de la rue Jourdain à Agen dans la nuit du réveillon(lire La Dépêche de dimanche 2). «Je l'ai vue naître, je l'ai fréquentée. Elle a prouvé sa véritable intégration et a su montrer sa solidarité, je peux en témoigner, envers les autres communautés et les gens dans le besoin.»
L'ancien capitaine du XV de France va plus loin. «De toute façon, commettre un tel acte, un soir de réveillon, cela veut tout dire. C'est ignoble, intolérable et la République doit se montrer implacable contre ceux qui l'ont commis. Il y a dix ans, on ne voyait pas ce genre de choses. Cela veut-il dire qu'il existe des organisations en France qui se sentent libres de perpétrer ce genre d'actes ?»
Difficile en effet de ne pas évoquer la nuit des 26 et 27novembre dernier. La mosquée de Sartène (Corse du Sud) a également
été la cible de coups de feu tirés dans une porte, à hauteur d'homme comme rue du Jourdain. Et là aussi, l'imam était sur place.
Abdel Benazzi se veut malgré tout rassurant. «La communauté musulmane compte des sages qui sauront faire passer le message. Mais nous ne devons pas rester les bras croisés et travailler avec les autorités pour que de tels faits ne se reproduisent pas(...) Face à ce type d'actes, ce sont les musulmans eux-mêmes qui sauveront la religion musulmane, au-delà des tous les amalgames qui peuvent exister avec la situation au Moyen-Orient.» Chargée de l'enquête, l'antenne agenaise du SRPJ de Toulouse a procédé aux premières constations dans la nuit. Trois balles, et deux cartouches de chevrotine ont été retrouvées sur place.
Le ou les tireurs (des projectiles différents peuvent être tirés d'une même arme) visaient-ils ce symbole musulman, ou voulaient-ils s'en prendre aux personnes ? Dès samedi, les responsables de l'association des musulmans de l'Agenais ne voulaient pas croire à la seconde hypothèse . «Nous espérons que c'est un acte isolé» expliquait Kamel Regoug , le porte-parole de la mosquée. Réuni hier à Agen, le conseil régional du culte musulman (CRCM) souhaite que «les pouvoirs publics prennent des mesures fermes et nécessaires» et demande que les «autorités compétentes garantissent, au même titre que n'importe quel autre lieu de culte, la sécurité des mosquées.»
Stéphane Bersauter
Coups de feu sans tireur à la mosquée d'Agen
Qui a tiré contre la mosquée d'Agen ? L'identité du ou des tireurs ne sera peut-être jamais connue. Vingt mois après les cinq coups de feu tirés dans la nuit de la Saint-Sylvestre 2005, un juge d'instruction a rendu fin septembre 2006 une ordonnance de non-lieu. En clair, le dossier est refermé faute d'indices suffisants. Il faudrait désormais que des éléments nouveaux apparaissent dans l'enquête pour que la plainte avec constitution de partie civile déposée par l'Association des musulmans d'Agen soit de nouveau extirpée des tiroirs.
Il faut toutefois rappeler que l'enquête confiée à l'antenne agenaise du SRPJ de Toulouse s'annonçait difficile. Le 1er janvier, une heure après les douze coups de minuit, dans la nuit noire, des témoins entendent une série de détonations. On pense à un feu d'artifice, à tort. En fait, un ou plusieurs individus viennent de tirer dans la porte d'entrée à quatre reprises, puis dans une fenêtre. L'imam qui dort à l'intérieur est réveillé, il est indemne.
EMPREINTE DIGITALE MUETTEMais la communauté musulmane est choquée, profondément choquée. Par la voix de Kamel Regoug, le conseil régional du culte musulman (CRCM) dénonce un « acte inqualifiable et supplémentaire à inscrire dans la liste des actes à caractère islamophobe qui ne cessent de croître depuis des mois ». Fin novembre, en effet, en Corse, un autre imam a été visé. L'ensemble des communautés cultuelles d'Agen s'associe à la marche silencieuse organisé le week-end suivant.
Les musulmans d'Agen risquent donc de ne pas connaître le nom et le visage du ou des auteurs des coups de feu. L'enquête a dans un premier temps utilisé le peu d'éléments pouvant être recueillis sur place. Les douilles de calibre 12 provenant sans doute d'un fusil de défense de type Riot gun, mais aussi une empreinte digitale. Mais ces pièces du puzzle n'apportent rien aux enquêteurs qui ne disposent que de vagues témoignages. Les tireurs ont choisi le jour et l'heure, un soir de réveillon.
DEUX PISTES
Ils cherchent alors ailleurs, retrouvent la trace d'un courrier adressé à la mosquée. Son auteur est entendu et mis hors de cause. La seconde piste est ouverte grâce à un autre courrier, anonyme, adressé encore à la mosquée dans les semaines qui suivent les coups de feu. Un autre suspect, proche d'une mouvance d'extrême-droite, est également entendu. Mais lui aussi sort blanchi de l'enquête.
Vingt mois après les faits, personne sauf le ou les tireurs sait qui a pu tirer contre la mosquée et pourquoi. L'ordonnance de non-lieu ne ferme pas complètement le dossier et laisse la porte entr'ouverte. Dernièrement encore, la thèse d'un acte de vengeance isolé n'était pas totalement écartée. Au cours de leurs recherches, les enquêteurs ont, en effet, été amenés à s'intéresser de plus près à un vol commis au sein de la mosquée. Mais cette troisième piste conduisait, semble-t-il, dans une impasse.
Stéphane Bersauter