"Le chemin qui
monte de Battant à
Saint-Claude, c'est la route
dite de
Vesoul, roide et
poudreuse, embourbée
parfois, toujours
banale, sans le moindre
détail qui
intéresse le parcours ni réveille
quelque souvenir
d'un autre temps".
"Au village", "le
platane ébranché et
plafonnant de la
boucherie Sirot", est
semble-t-il
toujours là de nos jours.
Un peu plus loin,
l'église ou plutôt les
trois églises
successives : "De la première
le souvenir s'est
insensiblement évanoui,
on remarque à
peine la vague survivance
de la seconde et
l'aspect trop neuf de la
dernière n'a pas
encore atteint l'âge mûr
de la pierre".
C'est fait actuellement, pour
cette église
construite par l'architecte
Delacroix,
inaugurée en 1858, et qui fit à
l'époque une
impression "bizarre" et
"décevante".
A proximité de
l'église, sur une "verte
allée de frênes",
se déployait la proces-
sion annuelle de
la Fête Dieu, "pompe vil-
lageoise bien
modeste qui céda au fil des
ans la place à
une simple fête de village
sans autre
attrait que ses vulgaires diver-
tissements
habituels".A l'époque, cette
banlieue devint
recherchée par la bour-
geoisie citadine
qui y trouvait avec "les
plaisirs des
champs, le bon air et la tran-
quillité, les
agréments de la société et
d'un aimable
voisinage". Et bien vite, les
citadins
pénétrèrent plus avant dans les
terres cherchant
"à l'écart, une retraite
propice". Ainsi
fleurirent "closeries cham-
pêtres" et
"maisons de plaisance."
Dans ce paysage
encore rural, deux ten-
tatives
industrielles sont à remarquer : Au
lieu-dit "Les
Justices", sur l'emplacement
des anciennes
fourches patibulaires, là où
un fort devait
s'élever après 1870, un
moulin à vent fut
édifié en 1807 sur un
terrain cédé par
la Ville. L'ouvrage, qui
était censé
devoir remédier aux crues du
Doubs, ne
fonctionna jamais. Il échut à la
Ville et subit,
outre les railleries des habi-
tants, les
dégâts du vent, des dommages
provoqués par un
poste d'infanterie autri-
chien, enfin un
incendie allumé acciden-
tellement par
des enfants, si bien que
"seule la tour
du moulin restait debout,
dont les pierres
une à une s'écroulèrent
dans l'herbe
bientôt envahissante. Ainsi
disparut cette
singulière machine dont
n'est demeurée
même l'image".
C'est également
sur le chemin des
Justices, dans
le clos Girod, qu'un impri-
meur s'installa
vers 1835. Il encouragea
les premiers
essais lithographiques des
artistes de
l'époque et expérimenta dans
ses ateliers le
daguerréotype, ancêtre de
la
photographie.
N'oublions pas
avant de quitter le
village de Saint-Claude de saluer "le
sei-
gneur du lieu",
Charles Beauquier, "singu-
lière
personnalité" qui eut une brillante
destinée,
notamment en tant qu'homme
politique,
ardent républicain, il fut député
du Doubs pendant
34 ans.
Et admirons au
passage, vers Fontaine
Ecu, la Grange
du Collège, ancienne "mai-
son de
récréation" de la Société de Jésus
jusqu'en 1766 et
devenue "la merveille, la
curiosité des
environs" grâce à son
superbe parc
romantique aménagé au 19e
siècle.
Puis descendons
vers la ville par le che-
min de Montjoux,
trajet qui était "aux
après-midi
d'automne, entre trois et cinq
heures, une des
plus charmantes prome-
nades de cette
région".