Ariane Singer
Les musulmans de Cergy n'en reviennent toujours pas.
Alors qu'ils s'apprêtent à signer, le 11 octobre, le
bail emphytéotique (99 ans au plus) proposé par la
municipalité pour leur permettre d'édifier leur future
mosquée sur un terrain de Cergy-le-Haut, les
représentants de la nouvelle Fédération musulmane de
Cergy (FMC) s'étonnent encore des remous suscités par ce
projet. L'édification d'un lieu de culte islamique,
situé à quelques centaines de mètres à peine de l'église
de Cergy-le-Haut, actuellement en construction, est au
centre de toutes les attentions. « Nous avons même
reçu la visite du New York Times et du plus grand
journal japonais ! » raconte, amusé mais perplexe,
Abdoulaye Sangaré, responsable de la communication de la
FMC, qui regroupe dix associations musulmanes
cergyssoises depuis sa création, en décembre 2002. Premier
sujet de discorde : la nécessité même d'un tel lieu à
Cergy après l'ouverture d'une mosquée à Pontoise, l'an
dernier. « Qu'on m'explique quels sont précisément
les besoins des fidèles ! tempête Jean-Marie
Chaussonnière, élu d'opposition (divers droite). La
demande vient d'une poignée de musulmans âgés. » Un
argument jugé irrecevable par les représentants de la
FMC, qui estiment entre 600 et 800 le nombre de fidèles
appelés à fréquenter assidûment la mosquée. Un financement
privé Deuxième point d'achoppement : le financement de la
Maison des cultures du monde, un centre culturel
municipal qui jouxtera la mosquée. La municipalité et la
FMC se sont mises d'accord pour faire appel à un
architecte unique, qui dessinera les deux lieux. « Le
financement de la Maison des cultures servira
d'habillage au financement du lieu cultuel, ce qui
contrevient au principe de laïcité », redoute
Jean-Marie Chaussonnière. « Absolument pas !
rétorque Hamida Maïga. Nous voulons simplement
que la mosquée s'intègre dans le paysage de
Cergy-le-Haut. Pour le reste, les musulmans sont tout à
fait capables de financer leur mosquée », indique le
président de la FMC, qui compte sur la grande collecte
lancée le 11 octobre pour réunir des fonds. Même
assurance du côté de Dominique Lefebvre. L'élu a bien
prévu 2,5 millions d'euros pour la Maison des cultures
du monde, mais il n'entend pas poser la première pierre
avant que les musulmans aient arrêté le financement
privé de leur mosquée. Offrir un lieu aux fidèles musulmans, la demande
n'est pas nouvelle. « Il y a au moins vingt ans que
nous réclamons un lieu à nous, rappelle Hamida
Maïga. Tout ce dont nous disposons aujourd'hui, c'est
du gymnase des Chênes ; et encore, uniquement pour la
prière du vendredi ! » En 2006, l'attente devrait
donc être récompensée. Une mosquée avec son minaret et
un centre culturel, l'institut An Nour, où seront
dispensés cours d'arabe et sur le Coran, devraient voir
le jour