Lu sur
Il corriere della sera (Italie) du 5 mars 2006
http://www.corriere.it/Primo_Piano/Cronache/2006/03_Marzo/05/moschea.shtml
Premier referendum en Italie contre une mosquée.
Colle Val d’Elsa se mobilise. Polémique sur la bibliothèque qui sera ouverte dans le centre islamique.
Pour la première fois en Italie, la population en révolte a organisé un référendum contre la construction d’une mosquée. Les faits se passent à Colle Val d’Elsa, 14 000 âmes, dans la province de Sienne, en une zone où la gauche hier communiste, aujourd’hui « Démocratie Socialiste » a toujours eu le monopole du pouvoir. Voila pourquoi cela devient à plus forte raison un cas emblématique de l’intolérance profonde à l’égard de la perspective redoutée d’un bouleversement identitaire, d’un retournement culturel et d’une dégradation sociale de la part de citoyens ayant grandi avec le mythe du multiculturalisme et de la solidarité tiers-mondiste.
La première victime très célèbre pourrait être notre grand poète Dante.
Si, comme l’a annoncé le maire, Paolo Broglioni, répondant à une motion de Leonardo Fiore de la liste civique « Ensemble pour Colle », cela ne vaut pas la peine d’agrandir l’actuelle bibliothèque municipale « parce qu’à l’intérieur du nouveau centre islamique naîtra une grande bibliothèque multiculturelle ouverte à la citoyenneté », qu’en sera-t-il de la Divine Comédie, étant donné que Mahomet y est condamné à l’enfer ?
La requête pour ouvrir le référendum a été déposée à la mairie jeudi dernier, 2 mars, de la part du Comité Abbadia, du nom du quartier où devrait surgir la mosquée et par la liste civique « Ensemble pour Colle ». Les habitants de Colle devront dire oui ou non à une question nette : « Voulez-vous que soit réalisée la construction d’un centre culturel islamique avec lieu de prière en annexe dans la commune de Colle Val d’Elsa, à l’intérieur du parc publique Saint Lazare, situé dans le quartier La Badia ? ».
Le comité promoteur se sent fort de la récolte en avril 2004 d’environ 4000 signatures (29% des habitants) dans le cadre d’une pétition populaire contre la construction de la mosquée. A la différence de la pétition, le référendum, qui est consultatif, deviendrait applicable s’il était approuvé par la majorité absolue plus une voix.
Le problème se pose car il ne s’agit pas d’une petite mosquée, il en existe déjà une à Colle, place Bartolomeo Scala. Et elle est en outre plus que suffisante pour les quelques dizaines de fidèles qui la fréquentent habituellement. Pensez qu’à la prière collective de vendredi dernier, dans le jour de festivité islamique qui devrait enregistrer sa pointe de fréquentation, étant donné que c’est l’équivalent de la messe dominicale pour les chrétiens, la caméra de télévision d’ « Orient Express », la nouvelle émission de Canal 5 diffusée hier à 8 h 30 n’a pas fait apparaître plus d’une dizaine de fidèles. Pourtant, le nouveau centre culturel islamique devrait surgir sur une surface de 3200 mètres carrés, avec une surface couverte équivalente à 576 mètres carrés incluant la mosquée avec coupole et minaret stylisés en cristal. A qui servira cette mégastructure ?
La mosquée de Colle outre le fait de s’adjuger le premier référendum national, enregistre deux autres premières Elle devrait surgir, pour la première fois en Italie, en vertu d’un protocole passé entre la mairie et une soi-disant « Communauté des musulmans de Sienne et sa province » qui voit une institution de l’Etat directement parti prenante dans la construction d’un centre islamique. En outre, toujours pour la première fois en Italie, une mosquée bénéficiera de considérables financements publics directs et indirects. En 2001, le coût de la seule mosquée a été évalué à 700 millions de lires tandis que le coût de la bibliothèque, école coranique, bureaux et salles de bains, s’élevait à 400 millions de lires.
A ce sujet, le maire Brogioni a dit « Je crois que, de public, il n’y ait pas beaucoup, dans la mesure où l’association culturelle islamique a agi de façon privée, c'est-à-dire a fait son propre plan de financement et a fait des demandes de contribution, une de ces demandes a été acceptée par la Fondation Monte dei Paschi de Sienne qui contribuera en partie à la réalisation ».
Précisons que la Fondation a déjà voté la concession de 300 mille euros pour la construction de la mosquée. Mais ce que Brogioni cache, c’est le fait que lui-même est membre de la Délégation générale de la Fondation, c'est-à-dire de l’organisme qui décide à qui concéder les contributions, et que c’est son prédécesseur Marco Spinelli, lui aussi membre de la Délégation générale de la Fondation, qui a conduit et fait approuver le demande de contribution.
Leonardo Fiore nous explique comment de fait la commune finance indirectement les mosquées en s’imputant tous les travaux d’arrangement des alentours (250 000 euros approuvés par la délibération 94 du 10 mai 2005, dont 200 000 octroyés par la Fondation Monte dei Paschi), concédant à une valeur symbolique (11.908 euros par an) le loyer pour 99 ans de la surface où surgira le centre islamique.
De son côté, l’avocat Letizia Francheschi, président du Comité promoteur du référendum résuma ainsi la préoccupation de la cité et des citoyens : « Nous craignons qu’à la fin, notre quartier ne devienne une zone de la seule communauté musulmane. Nous avons peur de finir comme Porta Palazzo à Turin ou comme Sassuolo.
Il y a en outre une opposition significative de la part de Yassin Belkassem, vice président de la Fédération des Associations de la communauté marocaine en Italie, pour deux raisons. D’abord, il méconnaît la représentativité de la soi-disant « Communauté des musulmans de Sienne et sa province » qui est affiliée à l’UCOOI (Union des Communautés et Organisations Islamiques en Italie), sigle lié aux Frères Musulmans. Deuxièmement, pour Belkassem, la priorité pour les musulmans n’est pas dans pas les mosquées mais le logement, l’école et l’intégration.
Magdi Allam
05 marzo 2006
Traduction par Peppone le 6 mars 2006 pour France-Echos.com