Concernant la vente de terrain municipaux à
Toulouse pour la construction de mosquées, je tiens à vous
apporter des précisions sur le calcul de la valeur d'un
terrain. Le prix d'un terrain ne se calcule pas seulement en
fonction de sa surface. Je connais assez de constructeurs pour
savoir de quoi je parle. C'est un peu technique mais si on
applique les bonnes méthodes d'estimation au terrain vendu
pour la mosquée d'Empalot, on arrive à des chiffres...
intéressants.
Le prix d'un terrain ne se calcule pas en
fonction de sa surface mais du mètre-carré de
Surface Hors Oeuvre Nette
(SHON). La Surface Hors Oeuvre
Nette est la surface qui correspond au nombre de
mètre-carrés d'immeubles qu'on est en droit de construire sur
un terrain : c'est la surface des planchers, moins les
sous-sols ou combles non-aménageables, les balcons et
terrasses, l'épaisseur des murs et les surfaces couvertes
destinées aux véhicules. (les parties communes, comme le hall
et les couloirs quand c'est un immeuble, n'étant comptées que
pour un seul niveau ).
Des terrains de 5000 mètre-carrés dans des zones
pavillonnaires de village agricole peuvent espérer une
Surface Hors Oeuvre Nette
de 200 mètre-carrés.
En zone urbaine ces mêmes terrains
peuvent espérer une Surface Hors
Oeuvre Nette de plus de 50.000
mètre-carrés !
C'est par exemple le cas des
constructions parisiennes à La Défense où l'EPAD
(Etablissement pour l'Aménagement de la
Défense, dirigé par Nicolas Sarkozy) prévoit des
dizaines de milliers de mètre-carrés de Surface
Hors Oeuvre Nette à construire. (A
quel prix les actuels propriétaires seront-ils expropriés...
Hum !).
Bref, un constructeur achète de la
Surface Hors Oeuvre Nette
et non une simple surface de terrain.
La Surface
Hors Oeuvre Nette est déterminée par
le Plan Local d'Urbanisme, P.L.U.
(qui remplace les P.O.S., Plan d'Occupation
des Sols. Je vous avais dit que c'était un peu
technique...).
Les terrains sont situés dans différents
zones : pavillonnaire, urbaine...
Quand un terrain
situé en zone "pavillonnaire" (type Uc) passe en zone urbaine
(type Ua ou Ub), la plus-value des propriétaires de ces
terrains est colossale ! Ua, Ub, Uc... correspondent à
des projets d'urbanisations. Ua signifie zone urbaine centrale
et donc suppose une Surface Hors
Oeuvre Nette trés importante. Au fur et à
mesure (b,c...) on sombre dans l'agricole, avec tout un tas de
variantes infernales...
En effet, chaque zone se voit
attribuée un Coefficient d'Occupation des
Sols (C.O.S.) qui définit la densité de
construction obligatoire (ou maximale, ça
dépend :-).
Un Coefficient
d'Occupation des Sols égal à 1 implique
qu'on doive obligatoirement construire sur 100% du terrain, un
Coefficient d'Occupation des Sols
égal à de 0,2 implique qu'on doive construire sur 20% etc...
(avec des variantes selon les départements, des recouvrements
de zones... C'est inextricable, et notamment en Haute-garonne
où règne un socialisme anarcho-autoritaire : s'il y a des
chasseurs de terrains, ce n'est pas pour rien !)
Dans le cas du terrain destiné à la mosquée de
Toulouse-Empalot, si sa surface est de 1304 mètre-carrés et
qu'il bénéficie d'une surface de plancher réalisable de 2111
mètre-carrés (là c'est la SHOB, la Surface
Hors Oeuvre Brute, en général 10% de
plus que la Surface Hors Oeuvre
Nette), on obtient une Surface
Hors Oeuvre Nette de 1900
mètre-carrés environ.
A Muret (NDLR : à 15 km de
Toulouse et où il y a aussi un projet de mosquée) le mètre carré de
Surface Hors Oeuvre Nette
s'y vend entre 300 et 360 Euros. A Toulouse, il peut se vendre
jusqu'à 480 Euro si c'est un trés bon quartier.
Ce n'est
pas le cas du quartier d'Empalot, ni de celui de
Bellefontaine, répertoriés tous deux en "zone sensible". Un
tel terrain ne peut intéresser qu'un constructeur de logements
ultra-sécurisés (vidéo-surveillance, digicode...).
Je ne
pense pas trop me tromper en estimant que ce terrain vaille
environ 270 Euro le mètre-carré de Surface
Hors Oeuvre Nette.
Sa valeur
serait donc d'environ 500.000 Euro (1900 X 270)... si la
Surface Hors Oeuvre Nette
n'est que de 2111 mètre-carrés.
MAIS (trés
important !) :
- S'il est prévu que
l'emprise au sol de la mosquée soit l'intégralité du terrain,
cela veut dire que le terrain bénéficie au Plan
Local d'Urbanisme d'un Coefficient
d'Occupation des Sols de 1.
C'est particulièrment important dans le cas de
la mosquée d'Empalot où la hauteur au sol autorisée est de 22
mètres, ce qui signifie que le terrain d'Empalot peut
potentiellement être vendu pour la construction d'un immeuble
de 6 étages (7 niveaux : RDC + 6 étages).
Dans ce cas,
un tel immeuble peut représenter une surface au plancher de
1304 X 7, soit 9128 mètre-carrés et donc environ une
Surface Hors Oeuvre Nette
de 8200 mètre-carrés. Là on obtient un prix du marché de
2.200.000 Euro ( 8200 X 270).
Le terrain d'Empalot bénéficie t'il d'un tel
classement ?
Des rehaussements de maisons proches
ayant été refusés, on peut en douter mais de deux choses
l'une :
- soit on ne peut y construire un
bâtiment aussi haut sur une surface aussi grande... et la
mosquée est contraire au Plan Local
d'Urbanisme (donc le permis de construire aurait
été délivré dans la plus parfaite
illégalité)
- soit, si c'est le cas, ce terrain
vaut une fortune étant donné son potentiel de
construction ! (donc le terrain a été quasiment donné, au
détriment des citoyens.)
Si l'on en croit les plans ou les maquettes, les
mosquées me semblent bénéficier d'un Coefficient
d'Occupation des Sols quasi égal à 1
(construction occupant 100% de la surface du terrain vendu).
Bénéficiant d'un tel Coefficient d'Occupation
des Sols, il est certain qu'un repreneur privé
(surtout bénéficiant d'un permis de construire pour un
immeuble de 22 mètres de hauteur) aurait offert une somme au
moins égale à 2 millions d'Euro pour avoir ce
terrain !
On est loin des 20.000 euros (100 fois moins
que le prix du maché...) pour lesquels la mairie l'a cédé.
Existe-t-il une loi stipulant que les
associations religieuses islamistes ont droit à plus de
densité et de hauteur de construction que ce à quoi aurait
droit un simple citoyen ?
Ou alors ces associations
sont-elles, tout simplement, dans une totale inégalité par
rapport aux lois étant donné que les permis de construire sont
totalement soumis à des règles censées être les mêmes pour
tous ?
Les musulmans de Toulouse sont-ils
discriminatoirement positivement plus égaux que les
Toulousains non-musulmans ?
Clément
Photo : maquette du projet de mosquée
d'Empalot.
NDLR : l'affaire d'Empalot est certainement
l'une des plus ahurissantes. On peut par exemple s'étonner de
la précipitation du conseil municipal quand on lit sa
délibération du 28 mars 2003, déjà citée dans nos
colonnes :
Voilà que dans la même séance, les élus :
- déclassent un espace vert de la commune, le faisant
passer de « domaine public » en « domaine
prive » sous le seul prétexte qu'il est « peu
fréquenté ».
- décide d'acquérir une
parcelle attenante appartenant à l'Etat (et aussi un petit
bout appartenant à l'OPAC) afin d'offrir à l'association
musulmane un terrain plus grand.
- décide la vente du
tout à ladite association, avec un prix déjà fixé (21280
euros), et alors même que les prix d'achats des parcelles de
l'Etat et de l'Opac ne sont pas évoqués.
- autorise
l'association à déposer une demande de permis de construire
alors que ni l'achat des partielles tierces, ni la vente du
terrain ne sont encore effectuées.
- autorise le
maire à signer et donc à engager la commune sur « tous
actes et documents en relation avec cette
opération », c'est-à-dire non seulement sur les
décisions du jour, mais sur tout ce qui pourra être
« en relation » plus tard avec ce projet.
Merci à Clément pour ces précisions techniques.
Bien qu'elle démontrait déjà l'ampleur du cadeau, mon
estimation du prix du marché à partir de terrains proposées
actuellement à la vente dans la région de Toulouse ne tenait
pas compte de ces données. Mais j'avais justement écarté une
annonce qui me paraissait « hors de prix ».
J'ai eu sans doute tort, car en fait son prix pouvait être
justifié si on tient compte du PLU et compagnie, alors que les
autres terrains que j'ai retenus étaient moins intéressants
d'un point de vue immobilier.
Signalons que dans d'autres affaires
islamo-municipales, des élus ont carrément voté des
modifications du PLU exprès pour satisfaire des projets de
mosquée qui ne répondaient pas aux normes établies par les
services compétents et votées par les mêmes élus. Là encore,
aucune justification, à part des généralités vagues qu'on peut
résumer : on est bien obligé parce que ça ne rentre pas
dans les cases.
Outre les atteintes aux lois sur la laïcité et
le manquement au devoir de service public d'intérêt général,
il est intéressant d'évoquer un autre aspect juridique auquel
vous faites allusion. En effet, ces pratiques qu'on applique
pour les mosquée et pas pour le reste, pourraient être
examinées sous l'angle de la discrimination opérée entre les
personnes à raison de leur appartenance à une religion
déterminée dans la fourniture d'un bien ou d'un service. Ce
type de discrimination est un délit puni par la loi (2 ans
d'emprisonnement et de 200.000 francs d'amende). Le cas
échéant, les délais de prescription sont certainement écoulés
dans de nombreuses affaires de mosquées, mais on peut y penser
dans les affaires récentes ou à venir. Qu'en pensent les
officines « antiracistes » ?
FPB