PENDANT plusieurs années, des jeunes ont suivi des « stages » de sélection organisés par des islamistes radicaux en région parisienne, dans les Alpes, en Normandie... Déjà repérées dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Marrakech le 24 août 1994, ces « formations » ont débouché sur l'envoi de combattants en Afghanistan et en Tchétchénie pour le compte d'Al-Qaïda. Un recrutement à petite échelle que les services spécialisés - DST et RG - suivent attentivement depuis plusieurs années.
Au cours de longues surveillances et dans le cadre des auditions menées par les magistrats antiterroristes, les enquêteurs ont pu reconstituer le fonctionnement d'un petit groupe de combattants islamistes qui organisaient ces sorties. Leur vocation n'était pas uniquement culturelle. La plupart de ces filières de recrutement - dont le point de départ était souvent des mosquées « salafistes » (doctrine qui prône un islam extrêmement rigoriste) en région parisienne - sont aujourd'hui démantelées. « Cependant, nos banlieues à problèmes représentaient - et constituent toujours - un vivier de volontaires et un terrain de recrutement », prévient Alain Chouet, un ancien de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), détaché au Liban, en Syrie, au Maroc et en Belgique avant de devenir chef du Service de renseignement de sécurité.
Les enquêtes en cours permettent de « remonter » le montage de l'organisation jusqu'à l'état-major de Ben Laden. Selon nos informations, le nom d'Abou Zoubeïda, l'un des lieutenants du chef d'Al-Qaïda, interpellé en mars 2002 à Faisalabad (Pakistan), a fait son apparition dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat du commandant Massoud en Afghanistan. La citation du nom de ce militant d'origine palestinienne fait suite à l'exploitation d'« éléments d'enquête » après l'arrestation en Australie du Français converti à l'islam, Willy Brigitte. Ce dernier, extradé en France, a participé aux fameux « camps de sélection » organisés en France. Abou Zoubeïda s'est occupé à partir de 1995 du « bureau de recrutement » des combattants islamistes à Peshawar (Pakistan). Cette officine était chargée de former des combattants pour les envoyer en Bosnie, en Tchétchénie, mais aussi de constituer des réseaux en Europe, considérés comme un vivier pour d'éventuelles actions terroristes.
« Islamisés en prison »
Pour Jean-Luc Marret, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), qui prépare une étude comparative sur les combattants de l'islam en France et aux Etats-Unis, ces recrutements se sont effectués selon certains critères : « Le profil type en France, ce sont des jeunes hommes franco-maghrébins ou convertis, parfois islamisés en prison, qui ont un faible niveau scolaire, souligne ce chercheur. Ils sont récupérés dans certaines mosquées par ceux qui prétendent incarner le vrai islam. On réussit à les embrigader. On les fait s'entraîner à Fontainebleau pour tester leurs compétences physiques ou psychologiques. Puis ce sont des gens que l'on retrouve en Afghanistan, ou maintenant probablement en Irak... »
Certains groupes « made in USA » avaient aussi imaginé leur propre structure d'entraînement : les policiers américains ont ainsi découvert des ranchs transformés en camps paramilitaires islamistes... Quelle solution ? Pour Jean-Luc Marret, le tout sécuritaire n'est pas l'unique « arme » contre ces jeunes combattants : « Une politique sociale coûterait probablement plus cher, mais permettrait aussi de faire baisser le nombre de jihadistes. » Ces actions de recrutement continuent-elles ? « Personne ne peut affirmer que cela n'existe plus », conclut prudemment le chercheur.
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