CERGY, 28 mai 2004 (AFP) - Le tribunal administratif de Cergy (Val d'Oise) a rejeté vendredi, invoquant le "principe de laïcité", le recours en suspension d'un employé municipal de la piscine de Villemomble (Seine-Saint-Denis), licencié pour son refus en tant que musulman de tailler sa barbe.
Début avril, la commune, invoquant un "problème de sécurité", avait mis fin aux fonctions de Mourad Lamsanes, employé à la piscine municipale, estimant que "la notice du masque de protection (indispensable pour manipuler notamment le chlore, ndlr) de M. Lamsanes indique que le port du masque est incompatible avec une barbe fournie".
Dans une lettre adressée à l'agent d'entretien, le maire de Villemomble Patrice Calméjane (UMP) avait avancé que "l'expression extérieure d'une conviction religieuse ne peut être tolérée dans une piscine municipale ouverte à tous les publics".
Le tribunal a considéré que, "si les agents du service public bénéficient de la liberté de conscience", "le principe de laïcité fait obstacle à ce qu'ils disposent, dans le cadre du service public, du droit de manifester leurs croyances religieuses", d'après l'ordonnance de rejet dont l'AFP a obtenu copie.
Pour le tribunal, "le fait pour un agent public de manifester dans l'exercice de ses fonctions ses croyances religieuses, notamment en portant un signe destiné à marquer son appartenance à une religion, constitue un manquement à ses obligations".
"Je ne comprends pas, je n'ai jamais parlé de ma religion au travail", a déclaré à l'AFP Mourad Lamsanes. "Je suis très déçu. Si l'affaire avait concerné un +Jean-Christophe+, on ne lui aurait jamais reproché de porter une barbe, c'est très grave", a-t-il ajouté.
M. Lamsanes a également déposé un recours en annulation qui sera étudié ultérieurement par le tribunal.