vendredi 2 septembre 2005
CHIRAC CHERCHE UN ROLE, LES FRANÇAIS UN EMPLOI.

Contre-emploi, nos querelles avec les Etats-Unis, les autres pays opposés à la guerre d'Irak n'ayant jamais manifesté autant de hargne à combattre leurs anciens alliés et autant de dilection à nouer des alliances avec des pays aux convictions démocratiques incertaines. Mais il fallait bien jouer un rôle !
Contre-emploi aussi, notre rôle dans les accords morts-nés de Marcoussi suscitant aujourd'hui une haine obsessionnelle de la France de la part des Ivoiriens. La main passe ! Pour le reste de l'Afrique (Darfour, Congo, Zimbabwe…), circulons, il n'y a rien à voir.
Envolés nos souhaits de leadership en Europe, enfuies nos chances d'une intercession de la France dans les conflits du Moyen-Orient, disparu notre coûteux protégé palestinien, inquiétante notre passion pour un président brésilien pris dans la tourmente de la corruption, inutile et néfaste notre négociation sans fin avec l'Iran, vaine notre alliance avec la Russie sur ce sujet et probablement sur les autres, ridicule notre volte-face dans l'affaire des textiles chinois…
Mais qu'importe l'échec, on oublie et on recommence : le premier ministre Israélien est désormais « notre allié, notre ami » ; l'entrée de la Turquie dans l'Europe n'est plus souhaitée car elle a tant de défauts que l'on ne soupçonnait pas, ce qui n'est pas l'avis de « M. Erdogan (qui) accuse Jacques Chirac de l'avoir trahi » (1) ; il faut taxer les billets d'avion pour aider les pays pauvres alors que la crise du pétrole les rend plus onéreux et que tant de compagnies d'aviation ont des difficultés à résoudre la sécurité de leurs passagers.
En définitive, quel prix les contribuables français ont-ils payé et paieront-ils encore une utopique politique de grandeur qui se termine en jeu de rôles ?
Et tandis que le président trouve (sans peine) un rôle, les français cherchent un emploi.
On exhume, toute honte bue, le « traitement social du chômage », fleuron des programmes d'adversaires combattus naguère avec véhémence, car en l'absence d'embellie économique et de modification des conditions de travail, les entreprises ne peuvent offrir des emplois. C'est donc l'Etat qui y pourvoira en augmentant le déficit public. Nous sommes « les hommes malades de l'Europe », réduits à tuer la poule aux œufs d'or que constituent les autoroutes.
Que font les élites françaises ? Pourquoi, devraient-elles faire quelque chose plutôt que rien ? Ne suffit-il pas d'attendre les prochaines consultations pour proposer de nouveau les mêmes remèdes, sachant que si ces élites sont assez nombreuses pour les souhaiter, aucune ne pourra les appliquer ? Depuis des lustres, « le clientélisme tient lieu de projet » (2), tant et si bien que les déplorables habitudes de « leurs clients » ne peuvent plus être corrigées.
Gabriel Lévy
31 août 2005.
(1) Le Figaro, 27/08/2005
(2) N. Baverez , Le Point 25/08/2005