6
mai 2006 – Le Bourget
Discours de Christine BOUTIN
Député des Yvelines
Présidente
du FORUM des républicains sociaux
23ème rencontre annuelle des Musulmans de France
UOIF
« Vivre sa
religion au quotidien. »
Table ronde
« vivre
ensemble : obstacles et aspirations »
Monsieur le Président, Mesdames,
Messieurs,
Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier de m’avoir invitée à votre congrès.
C’est pour moi un honneur, une joie, un symbole.
Vous le savez, je suis une femme de paix, de réconciliation. Une responsable politique qui croit en Dieu comme vous.
Si je suis ici, c’est à ce titre et comme témoin de la Constitution Française qui, en son article 1 affirme que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances… »
Vous avez choisi comme thème de cette table ronde « vivre ensemble, obstacles et aspirations ». Or, vivre ensemble n’est pas une chose si simple, si spontanée dans nos vies familiales, amicales ou professionnelles. Alors qu’en dire au niveau d’un pays ?
L’histoire de la France repose sur l’agrégation de différentes cultures, sur le respect des différences, sur la tolérance des croyances. Vivre notre République, c’est d’abord ce vouloir commun, vouloir qui s’inscrit dans la loi.
Dans la tradition française et politiquement, cela se traduit par le refus du communautarisme, de la discrimination positive,
de la stigmatisation. Pour la République Française, toute personne est égale en droit et en devoir. Elle a une égale dignité. C’est pour cela que je suis ici ce soir.
Je suis attachée à la République Française et à la laïcité Française. Cette laïcité qui implique liberté religieuse et neutralité de l’Etat et qui reconnaît l’Homme dans sa diversité et sa complémentarité. Cette liberté religieuse permet à chacun de croire ou de ne pas croire en un Dieu, d’adhérer à la religion de son choix, de pratiquer son culte et d’exprimer publiquement son appartenance. Elle implique naturellement la séparation stricte entre la sphère temporelle et la sphère spirituelle.
Cela n’empêche pas à chacun d’être en unité, en cohérence, dans sa vie privée et sa vie publique, bien au contraire !
La laïcité
n’est pas anti religieuse, elle est conforme à la déclaration des
droits de l’Homme qui stipule : « personne ne doit être inquiété
pour ses convictions même religieuse. » C’est aussi pour cela, comme
responsable politique, que j’ai accepté d’être ici ce soir.
Certes, la laïcité
à la française implique la séparation
entre le religieux et l’Etat et impose
le respect des lois de la République.
Je n’ai pas voté la loi sur le voile pour différentes raisons.
La première est que justement, je voulais respecter l’article 1 de la Constitution Française qui respecte toutes les religions.
La deuxième raison, parce que lorsque l’on parlait du voile, chacun lui donnait une signification, une valeur différente. Pour certains, il s’agissait d’un simple signe d’appartenance. Pour d’autre, il signifiait l’asservissement de la femme.
Pour d’autres, il était indispensable de le porter, il devenait signal militant et prosélyte . Pour d’autres enfin, il n’avait aucune valeur obligatoire pour une musulmane.
Devant ces explications contradictoires, j’ai estimé que le « voile » devenait le symbole d’un autre combat, qui revenait à stigmatiser la religion musulmane, ce qui est inacceptable.
C’est aussi pour cela que je suis avec vous ce soir.
Mais la loi
est votée et même si cela nous est difficile dans un état démocratique
et républicain, elle s’impose à tous. La séparation entre
le religieux et l’Etat implique le respect de la République et impose
le respect de ses lois.
D’autres
points nous rapprochent, vous connaissez mon attachement à la famille
fondée sur l’altérité, je connais le vôtre. La famille est un
havre de liberté, d’égalité et de respect. La famille éduque,
aime, apprend le vivre ensemble dans la différence, la complémentarité
et mieux,
elle apprend
à transmettre ce vivre ensemble gravé dans notre corpus législatif
républicain.
Je suis catholique pratiquante. Je crois au sens de la vie, à la dimension transcendantale de l’Homme, à la vertu des religions qui jouent le rôle d’éducateur. La mission bienveillante de chacune des religions, le dialogue entre chacune d’entre elles sont le gage de la réussite de ce vivre ensemble. En tant que femme politique, je crois particulièrement à la vertu de médiation des religions. L’histoire a cependant montré que nos religions n’avaient pas toujours porté la paix et la conciliation nécessaires pour vivre ensemble. En ce début du vingt et unième siècle,
je crois profondément que la France peut ouvrir ce chemin de réconciliation. Encore faut-il être convaincu que les religions ne valent que par l’attitude de leurs croyants et donc de chacun d’entre nous et nous avons tous nos « ultras » ! Voulons-nous sur le territoire Français vivre ensemble, en acceptant nos différences, sans stigmatisation, sans volonté d’enfermement de l’autre ?
Le respect
des lois de la République peuvent nous y aider. Je nous y engage.
Je vous remercie.