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L’ISLAM : 

UN VISAGE DE TOLERANCE

 

 

 

 

 

C

e lundi soir était une véritable rencontre puisque notre délégation a eu le grand plaisir d’accueillir Monsieur Dalil BOUBAKEUR, Recteur de la Mosquée de Paris, accompagné de Monsieur Sayah CHELAGHENDIB, Président depuis 40 ans de l’Association des Algériens de Touraine. Quelques mois après que le Rabbin de Tours soit venu nous parler de la foi juive, le Docteur BOUBAKEUR acceptait de nous présenter le visage de l’Islam si différent de l’image très intolérante perçue chez les intégristes islamistes.

 

Une journée n’aurait pas été suffisante pour approfondir la question, mais notre interlocuteur a su en deux heures, nous évoquer brièvement l’historique de l’Islam, répondre avec simplicité et chaleur aux diverses questions de la nombreuse assistance. Le présent compte-rendu ne fait que reprendre succinctement quelques-uns des propos de Monsieur le Recteur qui nous ont impressionnés par leur richesse et leur rigueur.

 

En préambule, le Docteur BOUBAKEUR a présenté la France comme un pays d’intégration où la communauté voulue de l’Islam est «une communauté de l’équilibre et du raisonnable». En d’autres termes, l’Islam doit s’adapter aux structures d’un Etat moderne en relevant plusieurs défis tels que la compréhension de la laïcité et de la modernité (progrès scientifique et social).

 

Pour les fondamentalistes, l’Islam va-t-il revenir à ses fondements d’il y a quatorze siècles ou demeurera-t-il ouvert ? Pour Monsieur le Recteur, le fondamentalisme (application du Coran à la lettre) est une position qui germe où sévit l’ignorance et génère le fanatisme.

 

Dans sa définition de l’Islam, le Docteur BOUBAKEUR a évoqué les débats successifs sur la genèse de sa religion. Au milieu du VI° siècle de l’ère chrétienne, le bassin mésopotamien (actuel Irak) et les pays qui l’entouraient, recelaient une mosaïque de religions essentiellement issues du judaïsme et du christianisme.

 

L’éclosion de l’Islam est une continuité de la même révélation : «Tout ce qui monte converge». La plupart des Eglises, officielles ou schismatiques, ont vu leurs fidèles se répandre dans les pays voisins de la Palestine : Iran, Arabie, Syrie, Irak… où préexistait l’idée de monothéisme.

 

Dans cette région coexistent  : des juifs issus du courant pharisien, des chrétiens rattachés au Pape, des judéo-chrétiens qui conservent en partie la pratique juive, des disciples de l’Evêque Nestorius qui soutiennent qu’il y a deux natures totalement distinctes en Jésus-Christ et ceux de l’Evêque Eutychès qui professent le monophysisme (Jésus n’aurait qu’une seule nature : divine), sans oublier les Jacobites, les Coptes, les Syriens…

 

En l’an 570 naît en Arabie un enfant que l’on prénomme Muhammad (Mahomet) qui signifie «Le loué». Très tôt orphelin, il accompagne son grand-père commerçant dans ses déplacements et observe ces courants religieux qui cohabitent et adorent le même Dieu mais avec des rites et des dogmes différents.

 

Le jeune homme aime à se retirer dans le désert pour prier et méditer. C’est ainsi qu’à l’âge de 40 ans, l’Ange Gabriel lui apparaît et lui annonce que Dieu l’a choisi pour être son envoyé auprès des hommes. Gabriel lui transmet la Parole de Dieu et lui dicte les premières révélations du Coran. La première période s’étend de 610 à 622, alors que le Prophète habite La Mecque, la seconde à Médine de 622 à 632.

 

Mahomet prêche la nouvelle religion qu’il nomme “Islam ” mais il doit quitter la Mecque après 622, en butte à l’hostilité et aux persécutions de ses concitoyens. Il se dirige alors vers le nord et gagne l’oasis de Médine (qui signifie : «Cité du Prophète»). Cet exode a pris le nom d’»Hégire». C’est dans cette petite ville que Mahomet va recevoir la seconde partie de la révélation coranique à caractère plus communautaire. Elle définit principalement les rapports dans la cité, alors que la première partie essentiellement religieuse s’attachait à la foi.

 

De Médine, le message va rayonner, attirant la colère des habitants de La Mecque. Plusieurs guerres vont se succéder jusqu’à la victoire définitive des partisans du Prophète qui reviendront peu de temps avant sa mort avec lui en triomphateurs à la Mecque. Puis, ce sera rapidement l’expansion, d’abord en direction du Moyen Orient, puis de l’Afrique du Nord et enfin vers l’Espagne avec une poussée dans le Royaume Mérovingien jusqu’à Ballan-Miré, près de Tours (et non à Poitiers, comme le rapporte la légende), où se déroulera la bataille décisive avec les troupes de Charles Martel. Vaincus, les hommes du Calife de Cordoue se replieront vers la Péninsule Ibérique où la présence musulmane se perpétuera pendant plusieurs siècles dans un remarquable esprit de tolérance, jusqu’à l’unification de l’Espagne autour de Ferdinand d’Aragon au 16° siècle.

 

L’Islam n’échappera pas aux problèmes de distensions internes. Ali, gendre de Mahomet et quatrième Calife sera assassiné. Une séparation interviendra entre les Chiites qui ne reconnaissent comme chef religieux qu’un descendant d’Ali et les Sunnites, partisans de la tradition classique de Mahomet dont ils reconnaissent la succession «califale» historique. Ces derniers sont  largement majoritaires dans le monde.

 

Mahomet n’avait pas la prétention d’apporter une nouvelle religion  mais seulement de restaurer celle que Dieu avait révélée aux prophètes (Moïse, Jésus…). Tout l’Islam est fondé sur la profession de foi selon laquelle «Il n’est de divinité que Dieu seul». Dieu (Allah) est «incréé», indestructible, non identifiable et ne peut être nommé. Le Prophète rappelle la transcendance de Dieu aux juifs et aux chrétiens qui lui semblent s’en écarter.

 

Monsieur le Recteur nous rappelait que la position de l’Islam vis-à-vis du christianisme était à la fois proche et distincte mais surtout très respectueuse pour Marie (Myriam). Dans les textes elle est d’ailleurs plus souvent citée dans le Coran que dans le Nouveau Testament. Juifs et chrétiens sont aussi considérés comme des «peuples du Livre». Toutefois, les Musulmans comme les Chrétiens, attendent le retour annoncé du Christ.

 

Le Coran se compose de  114 «sourates» (chapitres) de longueur variable et de plus de 6600 versets. Il comprend environ 700 incitations à la connaissance et au savoir. Il est une invitation permanente à lire, à approfondir, en un mot, à ne pas rester ignorant. Chacun a le devoir d’être un «connaissant».

 

L’Islam demande non seulement de croire mais aussi de réfléchir et de s’interroger. En effet, le Coran n’est pas seul à déterminer le comportement du musulman : il s’accompagne des facultés données par Dieu, telles que la réflexion, l’intelligence et la raison…

 

Le Coran a été «révélé» pour des peuples qui raisonnent, le meilleur exemple est la vie même du Prophète, son respect des autres et sa tolérance.

 

Les musulmans se reconnaissent «Fils d’Abraham» par Ismaël, demi-frère d’Isaac. Ils croient en un seul Dieu, aux anges, aux prophètes (de l’Ancien Testament), aux livres révélés et au jugement dernier (les justes entreront au Paradis tandis que les mauvais subiront les tourments de l’Enfer).  Les 6600 versets du Livre sont les sources du droit musulman, complétés par ce qui est appelé «La tradition du Prophète» et s’inscrit dans une démarche de tolérance et de raison. Ce droit musulman se complète par une jurisprudence très développée, appelée «écoles juridiques» (dans le Sunnisme).

 

Le fondamentalisme constitue un courant minoritaire dans l’Islam en refusant la modernité. Il conduit inexorablement à l’intégrisme qui est la vision politique de l’Islam. Il s’instaure dès que la religion veut prendre le pouvoir, d’où une politique violente et intransigeante «au Nom de Dieu» avec l’instauration de la «Chariâ» (loi religieuse prônant l’application stricte des règles régissant les divers aspects de la vie individuelle et collective des musulmans).

 

Monsieur le Recteur nous rapportait alors l’anecdote de plusieurs jeunes filles venues le rencontrer qui considéraient le port du voile comme l’un des piliers de l’Islam. Notre hôte nous précisait que le port du voile par les femmes était effectivement évoqué à deux reprises dans l’Ecriture. Cela ne constitue en aucun cas l’un des fondements de l’Islam qui sont au nombre de cinq :

 

- la profession de foi,

- la prière rituelle cinq fois par jour,

- le jeûne du Ramadan,

- le pèlerinage à La Mecque (temple de la Kaaba construit par Abraham),

- l’aumône légale.

 

Le voile est recommandé mais rien ne donne raison à l’application aberrante qu’en font les Talibans d’Afghanistan qui interdisent aux femmes de pratiquer un emploi ou de s’instruire, ce qui est tout à fait opposé à l’esprit du Prophète.

 

Au Père Emmanuel ROUILLARD, notre accompagnateur spirituel, qui a abordé la question de la miséricorde, le Docteur BOUBAKEUR répondait que la miséricorde divine s’était d’abord appliquée à Adam qui avait désobéi. Par ses efforts, il a mérité son rachat et Dieu lui a pardonné. Le musulman doit aussi mériter de regagner le paradis perdu. Cependant, l’usage de la miséricorde est une grâce qui relève du seul ressort divin.

 

Les participants à cette soirée ont unanimement regretté de ne pouvoir prolonger les débats. Pour clôturer cette rencontre la délégation remettait à Monsieur le Recteur un ouvrage abondamment illustré sur les châteaux du Val de Loire et le remerciait de sa venue pour cet excellent moment passé ensemble. Nos amis musulmans récitaient ensemble la «Fatia» (première sourate du Coran qui donne le ton de l’ouvrage) et  ensuite les chrétiens le «Notre Père».

 

 Pour les personnes intéressées, Monsieur le Recteur nous conseillait l’une des toutes dernières traductions du Coran de bonne qualité, celle de Monsieur BERQUE (éditions Sindbad -  PARIS). Il ajoutait que son propre père en avait lui-même rédigé une, malheureusement aujourd’hui épuisée (Ed. Maisonneuve –Larose, PARIS).

 

Il était alors temps de souhaiter bon retour à nos invités, avec le vœu clairement exprimé que chrétiens et musulmans progressent dans la voie d’un respect mutuel de leurs convictions, finalement pas si éloignées qu’il y paraît au premier abord.

 

 

Marilène LAMBERT/ Paul BAGARRE

(Réunion de la délégation de Tours - 10 mai 1999)

 

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