Chapitres VII et VIII du livre d'André
Servier publié en 1923.
CHAPITRE SEPTIÈME
L'Islam sous les
Ommeyades. -La République théocratique devient une monarchie
militaire. - Le Califat s'établit à Damas où il subit
l'influence syrienne, c'est-à-dire gréco-latine. - Les
rivalités qui divisaient la Mecque et Médine éclatent entre
ces deux villes et Damas. - La conquête du Moghreb, puis celle
de l'Espagne sont réalisées grâce à la complicité des
autochtones, désireux de se débarrasser des Grecs et des
Wisigoths. -La conquête de la Gaule échoue à cause de
l'opiniâtre énergie des Francs et marque la fin de l'expansion
musulmane. - La dynastie Ommeyade s'éteint dans les orgies de
la décadence byzantine et fait place à la dynastie des
Abbassides.
Avec Moawiah, commence la dynastie des
Ommeyades. La lutte d'influence se déplace. Les grandes
familles mekkoises ont émigré en Syrie où, grâce au nouveau
Calife, elles bénéficient de toutes les faveurs. Ce sont
les Koreichites mekkois qui, de Damas, gouvernent
l'Islam. Les Médinois, c'est-à-dire le parti desvieux
musulmans,descroyants rigides, fidèlement
attachés à la doctrine, de Mahomet, ne luttent plus contre La
Mecque, mais contre Damas, ou plutôt contre l'influence
syrienne. Car si les Koreichites mekkois, émigrés à Damas,
détiennent le pouvoir nominal, ce sont, en réalité, les
Syriens qui l'exercent, c'est-à-dire des non arabes, des
convertis de fraîche date, qui n'ont, reçu de l'Islam qu'une
empreinte superficielle. Et comme les Syriens sont de
civilisation gréco-latine, c'est en définitive contre cette
civilisation que luttent les représentants de l'esprit arabe.
Les Syriens se sont repris. D'abord traités
en parias, sous le Califat d'Omar, ils jouissent avec Moawiah
des libertés les plus étendues. Gens habiles, d'un esprit
délié, d'une conscience peu chargée de scrupules, s'adaptant
aux circonstances avec une merveilleuse souplesse, ils se
sont ralliés de bonne grâce à l'Islam, parce que leur
conversion leur permet de jouir des mêmes droits que le
vainqueur ; mais ils ont conservé intactes, sous la
façade musulmane, leurs habitudes et leur mentalité. Et comme
ils sont seuls capables, par leurs connaissances et leur
culture gréco-latine, de tenir les emplois administratifs, ce
sont eux qui gouvernent pour le compte du conquérant. Leur
activité ne s'arrêté pas à ce rôle.
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CHAPITRE
HUITIÈME
L'islam sous les Abbassides. - Le Califat est
transféré de Damas à Bagdad où il subit l'influence
gréco-perse. Grâce à 1'administration des Barmécides,
ministres d'origine perse, les Califes s'entourent de savants
et de lettrés étrangers qui donnent à leur règne une splendeur
incomparable ; mais en voulant organiser la législation
musulmane, les Califes, sous l'inspiration des Vieux
Musulmans, fixent immuablement la doctrine islamique et
rendent tout progrès impossible. - C'est la cause et le
commencement de la décadence des peuples de religion
mahométane. - L'Espagne se détache de l'Empire, donnant un
exemple d'indiscipline qui trouvera plus tard des
imitateurs.
La révolution qui porta les Abbassides au
pouvoir est le résultat d'un triple mouvement de
réaction ; D'abord, réaction des Vieux Musulmans, des
pieux croyants, fidèlement attachés aux traditions
mahométistes, qui considéraient les Ommeyades non seulement
comme des usurpateurs, parce qu'ils ne descendaient pas du
Prophète et parce qu'ils n'avaient pas accepté le principe de
l'élection pour la désignation du Calife, mais aussi comme de
mauvais musulmans, parce que leurs ancêtres avaient persécuté
Mahomet et parce qu'eux-mêmes, indifférents en matière de
religion, avaient adopté les moeurs syriennes et laissaient se
développer la civilisation gréco-latine.
Ensuite, réaction de l'Asie orientale, contre
l'Asie occidentale : les populations de l'Irak, malmenées
par les Ommeyades parce qu'elles avaient défendu la cause des
Alides, tenues dans une dépendance servile, avaient prêté leur
appui aux Vieux Musulmans, non pas par respect des traditions,
ni par souci religieux, mais par esprit de vengeance, pour se
débarrasser de leurs oppresseurs.
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