Les dessins de Steph Bergol

Ghofrane a été lapidée à Marseille... Certains refusent le terme de lapidation et préfèrent parler de "meurtre à coups de pierres"... Quelle différence ???
28/11/04

lapidation à Marseille, ou le dictionnaire revisité...
image simplifiée avec fond blanc pour imprimante

Aujourd'hui, à Marseille

MARCHE SILENCIEUSE - SAMEDI 27 NOVEMBRE 2004
à l'initiative de Ni Putes Ni soumises

Cet après-midi, une marche est organisée à Marseille à l'instigation de l'association Ni putes ni soumises, à laquelle participeront de nombreuses personnalités – Jean-Jacques Goldman, Ariane Mnouchkine, Jean-Luc-Romero... – dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Le communiqué de Ni putes ni soumises affirme : «Ghofrane Haddaoui, 23 ans, a été tuée à coups de pierres, le 17 octobre dernier à Marseille, par un garçon dont elle avait refusé les avances. Elle est morte lapidée, victime de la barbarie, parce qu'elle a osé braver le machisme et dire non !»

Aujourd'hui, les investigations ne permettent pas de confirmer précisément la date du décès, et le rapport d'autopsie n'a pas encore été divulgué. Seule certitude : son visage a été défoncé à coups de grosses pierres.

Selon une source judiciaire citée par France 3 Méditerranée, "en l'état actuel de l'enquête, rien ne permet d'affirmer que les pierres ont été jetées sur la jeune femme, comme l'affirme la mère qui parle de "lapidation". Ne reculant devant aucune circonvolution, ces mêmes sources affirment : "Des coups ont été portés avec des pierres, cela ne signifie pas que les pierres ont été jetées". La nuance est effectivement de taille. Si les pierres sont jetées de loin, il s'agit d'un crime rituel. Si elles sont par contre tenues à la main, il s'agit d'un crime normal.

Selon la mère de Ghofrane, Monia Haddaoui, interrogée par l'AFP, la jeune femme aurait été attirée dans un piège par des jeunes filles "qui avaient gagné sa confiance". Elle a été retrouvée "les dents cassées, une oreille écrasée, un énorme trou à hauteur de la tempe et plusieurs blessures sur le crâne.

Sa main gauche avait été écrasée", dit-elle. Monia Haddaoui a précisé que les mineurs interpellés fréquentaient le quartier où elle habite avec ses six enfants, dans le centre de Marseille, mais que ce n'étaient pas des amis de sa fille. L'un d'eux était attiré par Ghofrane: "Il la voulait, mais pas elle", poursuit la mère. "Elle était belle. Ce sont des crapules (...). Quand ils voient quelqu'un de bien, ils ont la haine".

Depuis l'article de Sophie Chauveau sur Primo Europe (lire), de nombreuses réactions ont été communiquées à notre rédaction, dont certaines nous demandaient la plus extrême prudence. Parler de lapidation dans ce contexte, semblait aux bonne âmes légèrement réducteur. En effet, évoquer le mot lapidation pouvait prêter à confusion et jeter le discrédit sur l'Islam.

Certes ! mais outre que les précautions de style n'ont jamais été notre fort, jeter des pierres sur un humain s'appelle la lapidation, de lapis "pierre". C'est un terme utilisé dans les bibles juive et chrétienne. Etienne, le diacre en fut victime (Actes des Apôtres 7:57). La femme adultère ne dut son salut qu'à un petit dessin sur le sol (Evangile de Jean 8: 1 à 13).

Nous noterons simplement qu'il y a quelques 20 siècles que cette manière d'exécuter a disparu des pratiques de la religion juive. Il n'y a guère qu'en Europe, vers 1765, il y a 250 ans, que Jean-Jacques Rousseau faillit en être victime dans la charmante bourgade de Motiers.

Nous ne voyons donc pas au nom de quoi il ne faudrait pas utiliser le terme de lapidation dans l'assassinat de Ghofrane. La mort par lapidation est une mort atroce. Les images sorties en cachette d'Iran par certains journalistes et diffusées dans "Envoyé spécial" il y a quelques mois en témoignent. Il faut être particulièrement cynique pour réclamer seulement un moratoire sur ce sujet. Mais Monsieur Ramadan est cynique !

Tuée à coups de pierre, c'est être lapidée. Il n'y a pas d'autres termes dans la langue française. Peu importe maintenant si l'auteur de ce crime odieux a mis derrière ce geste une signification religieuse, qu'il en ait entendu parler dans une mosquée de Marseille ou à la télé. Peu importe si cette manière de tuer ait été rituelle !

Il n'en reste pas moins qu'une jeune femme est morte lapidée parce qu'elle a refusé les avances d'un petit dur. Et cela s'est passé en France, en 2004. Refuser d'en tenir compte, c'est s'exposer à ne pas sentir le crabe qui commence à ronger le foie.

Pierre Lefebvre @ Primo Europe